CULTURE
Danse : 400 élèves d’Ismaël Aboudou à Champ-Fleuri depuis une douzaine d’année, c’est sans tambours ni trompettes que se prépare le gala d’école réunissant les centaines d’enfants et adolescents formés par Ismaël Aboudou et ses enseignants à la CIA de Moufia. A chaque fois, sans publicité, les danseurs font le plein dans les travées, avec parents et amis.
[8 juillet 2006]
Le plus motivé des publics qui apprécie de voir ce qu’une passion bien cadrée peut générer dans l’éducation de ses lardons. La morosité n’aura pas droit de cité dans l’enceinte théâtrale dionysienne au vu de la diversité des disciplines qui gagne du terrain d’année en année. Danses urbaines, jazz, classique, africaines, claquettes, flamenco, fitness... L’éclectisme traduit l’enracinement de la philosophie maison dans une actualité sociale à laquelle elle entend coller pour lui apporter une source d’harmonie longue durée. Témoin, en particulier, l’aventure du Breaker’s Crew de la Compagnie Ismaël Aboudou. Une équipe que le chorégraphe a fait passer de la rue à la scène pour y relever un spectaculaire défi hip hop. L’événement a joliment défrayé la chronique de l’an 2000 avec mise en valeur de jeunes talents qui tous quasiment aujourd’hui ont affiné leur formation en métropole ou à l’étranger, décrochant les diplômes d’aptitude technique pour passer pro ou enseigner. Les uns, comme Nicolas Médéa classé cette année meilleur talent français dans sa spécialité par M6, Julie Moreau et Emilie Papin (qui tourne avec Billy Crawford) font carrière aux États-Unis. D’autres, comme Giovanny Léocadie qui fait partie des meilleurs breakers de la région de Bordeaux, sont restés en métropole. Et certains, comme Vincent Inkana dit Solo, David Fonteneau et Carine Ivoula sont revenus pour enseigner à la CIA. La benjamine Emeline Ivanhoé, qui vient de rentrer justement, fraîchement diplomée, les rejoindra à la rentrée pour étoffer le corps professoral du Moufia où ils font chaque année des émules.
“I have a dream !”
On pourra encore en juger ce soir et demain avec la cuvée 2006 (quelque 400 élèves qui tous ont droit une fois l’an à l’épreuve de la scène devant un vrai public) renforcée cette année par les bénéficiaires de la formation spéciale mise en place l’an dernier par Ismaël pour les jeunes les plus motivés. “Une façon de détecter plus tôt les enfants les plus motivés, pour leur faire gagner du temps par la suite”, explique-t-il en évoquant la trentaine de marmailles d’au moins 10 ans qui a alterné scolarité générale et enseignement chorégraphique à raison de quatre cours par semaine. “L’évaluation s’est avérée très positive et nous encourage à poursuivre”, confirme-t-il entre deux répétitions, ses élèves et lui se trouvant tous au four et au moulin cette semaine pour fignoler le fameux gala dont la régie est confiée à Radjabou lui aussi diplômé de Bordeaux en son et lumières. Un détail qui a son importance dans le projet mené par Ismaël Aboudou depuis son retour des États-Unis, quand il a choisi de restituer son expérience et son savoir aux jeunes de son quartier. Son rêve ? “Toujours le même !” déclare-t-il en riant : “Faire un travail de fond, évoluer et essayer de créer ici un centre qui fonctionne comme les grandes écoles privées américaines du spectacle, multidisciplinaires, où j’ai été formé à Harlem”. Le mot “privé” puise ici sa réalité dans le fait que les maigres subsides, toujours remis en question, reçus de la mairie précédente, n’existent plus depuis longtemps et que le leader de la CIA ne peut compter que sur ses ressources propres pour évoluer. Comme son voisin et ami Sham’s. Sa fierté ? “Voir les jeunes frimousses comoriennes, malbaraises, chinoises, zarabes, cafres et créoles habiter mon école. Tout le monde parle avec envie d’un idéal de mosaïque, de métissage, de brassage ethnique harmonieux toujours à préserver, reconquérir ou construire ? Pour nous c’est une réalité concrète. Et notre fer de lance. Alors quand je vois sur les terrains du mondial les pancartes “Say no to Racism”, mon cœur bat à l’unisson”, conclut le chorégraphe qui s’est donné pour devise de “former, sans formater”. Marine Dusigne